Interview de Charles Sauvat

Interview réalisée le 21 mars 2011

VOUS :


Quel est votre parcours artistique ?  

Mon père étant artiste, j'ai commencé très jeune à jouer avec la terre glaise dans son atelier, il m'a vite appris quelques techniques simples de moulage avec du plâtre. Je sculptais des dinosaures en plâtre ou des figures grotesques en terre. A coté de ça, comme beaucoup d'enfants, je recopiais des mangas en dessin. Arrivé au lycée, j'ai choisi l'option littéraire art-plastique accompagnée de son option facultative, je savais depuis tout petit que je voulais faire ce métier.

Après le lycée, je suis allé en prépa d'art pour entrer dans les grandes écoles comme les arts décoratifs, les écoles d'arts appliqués publics de Paris ou les Beaux-arts, c'est alors que j'ai réalisé que ce qui me correspondait le plus c’était les Beaux-arts et c'est là que j'ai été accepté.

J'ai ensuite passé mon DNAP puis mon DNSAP. Pendant ces cinq années j'ai exposé dans différents lieux. Après avoir participé à un concours appelé Artcheval, j'ai remporté un prix du jury et exposé à Saumur, puis au magasin du journal "L'éperon" à Paris. J'ai illustré un livre écrit par Marion Scali, édité par Belin:"Ils ont inventé l'équitation, de Xénophon à Tom Dorrance"

J'ai aujourd'hui un atelier à la campagne et je suis soutenu par l'AFTI qui m'accompagne dans ma création.  

Quel a été votre premier contact avec l’art ?  

Mon premier contact avec l'art doit dater du moment où je suis né.

Ma famille est une famille d'artiste depuis très longtemps, mon arrière arrière grand père était élève d'Ingres tandis que son fils a été critique d'art, ami de Toulouse Lautrec, Bourdelle, Rodin… Ma grand mère m'a toujours parlé de cette famille, mon père aussi, sans oublier qu'il m'a transmis l'amour de l'art. Je suis entouré d'artistes depuis tout petit, c'est dans cet univers que je me sens le mieux.

Chez mes parents, il y a toujours eut beaucoup de tableaux aux murs, une bibliothèque entière de livres d'art, toute cette ambiance a sûrement provoqué chez moi cette passion pour l'art.  

Quels sont vos influences artistiques ?  

Les artistes qui m'influence et auxquels je pense lorsque je cherche à me référer à l'histoire de l'art, sans compter, l'art antique Grec, Egyptien, Amérindien, Africain et Asiatique, sont innombrables : de Giotto à Richard Serra en passant par Caravage, Bacon, Gordon Matta Clark...

D’où vient votre inspiration ?
  

L'architecture est une source d’inspiration liée au volume et à l’espace tandis que l’humain à travers le portrait en est une autre, toutes deux étant développé dans mes recherches de manière très différente.

A travers ces deux domaines qui sont assez vastes, les connaissances culturelles que j’acquière par la lecture, le cinéma, les musées, ainsi que toute expérience de la vie sont autant d'éléments déclencheurs pour approfondir mes recherches.  

Comment vous définir personnellement à ce jour ?  

Je ne saurais pas comment le dire en un seul mot sauf peut-être plasticien, en fait, je suis sculpteur, installateur, dessinateur et parfois peintre.  

Vos projets futurs ?  

Professionnellement :

J'aimerais enseigner dans une école d'art, pour cela il me faut passer le CAPET. Je voudrais aussi exposer mon travail dans des galeries, tenter des concours de sculpture, et continuer à travailler avec l'AFTI.

Artistiquement :

Aujourd'hui, je cherche à créer un événement au Ghana qui consiste à confronter la sculpture abstraite à une population villageoise pour à la fois observer les réactions, noter les interactions, travailler en équipe avec d'autres artistes africains tout en utilisant une technique de construction traditionnelle qui leur appartient et qui tend à disparaître. Ce projet est en gestation mais comporte beaucoup d'aspects qui seront développé et qui expérimenteront les interrogations actuelles sur le développement durable et la singularité des cultures qui tendent à disparaître elles aussi.  

Quelle est pour vous la définition de l’art ?  

L'art, à mon sens, est une production humaine réfléchie et instinctive qui cherche à divertir tout en étant critique et interrogative, et même consciente ou inconsciente, sur les aspects fondamentaux de l'humanité.

Selon cette définition, nous pouvons parler de tous les arts.  

Si vous deviez vous reconvertir dans un travail plus « administratif », lequel serait-il ?

Je ne vois pas ce qui pourrait m'intéresser dans un travail administratif. Je ne comprends rien aux papiers et aux formulaires à remplir même s'ils sont parfois très simples.  

VOS PROJETS :  


Existe-t-il des thèmes majeurs dans vos créations ?  

L'espace, l'architecture, la perspective.  

En moyenne, en combien de temps réalisez vous vos projets ?  

Cela dépend du projet, le labyrinthe que j'avais réalisé l'an dernier m'a pris deux à trois mois, la Toguna m'a pris un moi et demi, les installations en fil de laine se fabriquent en l'espace de quelques heures, les gravures quelques semaines si l'on en fait plusieurs à la fois, et pour un dessin il peut se faire en l'espace de quelques minutes s'il s'agit d'un croquis ou une semaine entière voir plus dans le cas de dessin d'après photo et à grand format comme c'était le cas pour les portrait pour l'AFTI.  

Les voyages ont-ils une part importante dans votre inspiration ?  

Lorsque je voyage, j'ai tendance à dessiner les choses ou personnes autour de moi, c'est quand je reviens et souvent longtemps après un voyage que je peux dire que j'ai été inspiré par celui-ci.
Je me souviens alors d'une chose et je la développe dans un projet parce que je la trouve intéressante, Concernant le Ghana, l'inspiration m'est venue d'un voyage que j'ai fait il y a 15 ans au Mali.  

Comment définir votre style artistique ?  

Je peux seulement dire qu'il est en lien direct avec l'architecture, et se trouve être abstrait même s'il figure des espaces réel ou imaginaire.  

Agissez-vous par impulsion ou par des actes réfléchis dans vos créations ?  

Tous mes projets sont réfléchis, lorsqu'une idée me vient à l'esprit, elle va souvent de pair avec sa forme générale, ce qui était le cas pour le labyrinthe, je savais vers quelles genre de formes je voulais aller. C'est souvent à la suite d'une image que l'on a en tête et qui semble cohérente avec le reste de son travail que l'on s'attaque à la réalisation d'un projet. Sachant que chaque projet va en induire un autre, qu'ils se parlent entre eux, rien ne se fait par hasard et encore moins la détermination que l'on applique au cheminement d'une pensée. Il arrive parfois que, lors de cette dialectique dont je parlais plus haut entre la réalisation et les idées, certaines analogies se fassent sans même trouver de cohérence directe entre elles, mais ce sont souvent des apparitions inconscientes heureuses et non le fruit d'une pensée hasardeuse. Il faut parfois savoir s'en servir lorsque l'on y trouve de la pertinence et les garder dans un coin de sa tête pour plus tard dans le cas contraire.  

Lors de vos créations, essayez-vous de faire « passer » des messages ?
Si oui lesquels ?
  

Au mieux j'exerce le spectateur à regarder, à se divertir ou à réfléchir sur la manière d'appréhender un espace.

Je ne cherche pas à donner un message sur quoique ce soit d'actuel, je cherche davantage à montrer, à présenter une vision différente des choses, un monde qui soit le mien et dans lequel le spectateur trouve intéressant ou pas d'entrer.  

Impliquez-vous vos émotions personnelles dans vos oeuvres ?  

Je ne me rends pas compte si mes émotions transparaissent dans ce que je fais. Je ne pense pas, du moins, je n'essaie pas de faire cela.

C'est seulement quand je dessine que je laisse mes émotions transparaître, il m'est arrivé d'être dans des états qui on influencé mon trait et je remarque souvent une certaine différence entre mes dessins selon le sujet et l'intérêt que je lui porte.  

Une fois aboutie, votre création vous paraît-elle, comme ce que vous avez imaginé ?
 
Un projet évolue selon certaines contraintes d'espace ou de matériaux et aussi de par la dialectique qui s'opère entre l'idée de départ et les contingences de la réalisation.

Certaines créations, comme celle que l'AFTI a choisi au tout départ et qui fait office de logo, sont définies sur papier pour ensuite devenir des volumes. Ce processus volontaire, qui consiste à produire l'illusion d'un dessin dans l'espace lorsqu'il s'agit en fait d'un volume, et faire ainsi évoluer ce dessin selon les déplacements du spectateur, implique que l'image de départ soit exactement la même en volume, alors dans ce cas, l'aboutissement est identique à l'image de départ, sans quoi, l'illusion ne fonctionnerait pas.  

VOUS ET L'AFTI :


L’AFTI vous soutient depuis plus d’un an dans votre démarche artistique,

Quel est votre état d’esprit et comment définiriez-vous l’AFTI artistiquement aujourd'hui ?
 
Je suis très content de notre collaboration avec l'AFTI, je suis soutenu dans toutes mes décisions quand à la réalisation de mes projets, de plus, j'ai pu, à quelques reprises, me rendre compte de la sympathie de tout les personnes que j'ai rencontré de cette association. J'ai apprécié les réunions que nous avons eues et les commentaires des membres de l'AFTI lors des discussions sur les prises de décisions quand à telle ou telle image à choisir. Je suis très enthousiaste de travailler avec des gens d'un milieu que je connais très peu, de pouvoir partager avec eux ma passion à travers mes productions. Cela me permet de me rendre compte de l'ouverture d'esprit des gens à propos de l'art même s'ils ne sont pas directement en lien avec celui-ci, ça peut paraître idiot mais j'ai souvent pensé que l'art n'intéressait pas beaucoup de gens mis à part une petite minorité d'artistes et de collectionneurs.

De plus, ce partenariat me donne la possibilité de produire à volonté et m'offre une liberté inespérée dans le champ de mes actions, sans compter que mon travail est diffusé à travers chaque communication que l'AFTI donne pour ses clients.

Ce dernier aspect permet à mon travail d'être vu par un grand nombre de personnes, ce qui est pour moi une sorte d'accomplissement du fait qu'un artiste crée aussi et surtout pour montrer son travail et pas seulement par passion ou satisfaction personnel.

J'espère offrir autant satisfaction à l'AFTI qui remplit totalement sa part du contrat.