Les élections européennes qui se sont tenues dans tous les Etats membres entre le 23 et le 26 mai derniers auront été riches d’enseignements.

ÉLECTIONS EUROPÉENNES : UNE UNION DÉMOCRATIQUE

Tout d’abord, le sursaut de la participation à plus de 50% des inscrits a surpris la plupart des observateurs, au grand bonheur des défenseurs du projet européen. Ce taux constitue en effet un puissant facteur de légitimation pour une Union en pleine négociation sur le Brexit. « Pas de démocratisation sans participation » reprenait ainsi un analyste politique du Parlement européen, quelques jours après le scrutin.
Autre grand enseignement, en totalisant plus de deux-tiers des voix, les partis europhiles restent clairement majoritaires. Cette situation cache toutefois une profonde recomposition en cours entre les partis traditionnels : pour la première fois depuis le premier scrutin européen de 1979, les conservateurs du Parti Populaire Européen (PPE) et les socialistes du S&D ne seront pas en mesure de former une coalition majoritaire au Parlement européen. A 23,8% des suffrages, le PPE atteint son deuxième plus mauvais score historique. Jamais, avec 20% des voix, le S&D n’avait quant à lui connu un tel étiage.
L’Alliance démocratique et libérale (ADLE) et les Verts/ALE atteignent au contraire des scores historiquement élevés pour leurs groupes politiques, à 14,1% et 9,9% respectivement. Si l’ADLE dépasse les 100 élus grâce notamment à l’arrivée d’une forte délégation d’élus d’En Marche, les partis écologiques ont été portés par leurs très bons résultats en Europe de l’Ouest et du Nord – et plus particulièrement en Allemagne, en France et au… Royaume-Uni.
Alors que les négociations au sujet des postes clés de l’Union européenne ont débuté – tête de la diplomatie européenne et Présidence du Parlement européen, de la Commission européenne, du Conseil européen, de la Banque centrale européenne – ADLE et Verts espèrent tirer leur épingle du jeu forts de leur place de « faiseurs de Roi ». A noter cependant que l’élaboration des textes législatifs au Parlement européen ont (presque) toujours fait l’objet d’un consensus qui dépassait les seuls groupes PPE et S&D. Si les postes d’envergures font aujourd’hui l’objet d’une âpre bataille, l’habitude du compromis, chère aux eurodéputés, ne devrait pas être bouleversée mais bien renforcée pour les cinq prochaines années.
Les partis eurosceptiques à l’extrême-droite de l’échiquier ont connu une réelle poussée, toutefois limitée car ils ne disposeront pas de minorité de blocage au Parlement européen. Leur score « contenu » doit cependant être nuancé car des pans importants de leur programme influencent les partis dits pro-européens : les enjeux migratoires et les questions de souveraineté ont été très largement repris lors de la campagne par certains partis « europhiles ».
Dernier enseignement symboliquement important : dans leur très grande majorité, les partis eurosceptiques n’appellent plus à quitter l’Union européenne mais à la « transformer de l’intérieur », légitimant eux aussi, comme un paradoxe, le processus démocratique européen existant.
Louis-Marie Durand

Lettre Européenne de l’AFTI n°27 à télécharger

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