L’AFTI (Innovation et Nouvelles technologies) a souhaité faire le point sur l’actualité réglementaire européenne qui introduit la création d’un régime pilote pour les infrastructures de marché reposant sur la technologie blockchain et le règlement «Market in Crypto Assets» (MiCA), qui doit encadrer les cryptoactifs, et partager un état des lieux des tendances en matière de cas d’usages basés sur la blockchain pour la filière titres.

Mot d’accueil

Frédéric Beck, Head of Digital Process Enhancement – BNP Paribas Securities Services et Animateur du groupe AFTI Innovation

Bonjour à toutes et à tous. C’est un plaisir pour moi de vous accueillir à cette conférence organisée par le groupe Innovation et nouvelles technologies de l’AFTI sur le thème des enjeux européens de la blockchain et des cryptoactifs.
Au sein du groupe Innovation et nouvelles technologies, nous avons pour vocation de suivre les cryptoactifs, d’une part sous l’angle des évolutions réglementaires, en France et en Europe et d’autre part, sous l’aspect de leurs impacts sur les différents acteurs de notre industrie et sur les processus du post-marché ; cette conférence va s’efforcer de couvrir ces deux thèmes, réglementaire et opérationnel, autour de quatre grandes étapes :
• une présentation de notre guide pédagogique sur les security token, dirigé par Alain Rocher, qui évoquera aussi le régime pilote ;
• une première table ronde autour des impacts réglementaires de MICA, animée par Eliane Meziani ;
• une présentation du position paper de Paris Europlace sur le sujet de la finance numérique, présenté par Marianne Demarchi ;
• une deuxième table ronde autour des impacts sur l’efficacité opérationnelle des processus du post-marché, animée par Thibaut de Lajudie.
Enfin, nous avons la chance d’avoir parmi nous Pierre Chabrol de la direction générale du Trésor, qui conclura cet évènement.
Mais sans plus tarder, je laisse la parole à Pierre Jond, président de l’AFTI, pour introduire cette conférence.

Introduction

Pierre Jond, Responsable France et Belgique – BPSS – Président AFTI

Bonjour à tous et merci de vous être connectés aussi nombreux aujourd’hui. Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais partager quelques réflexions personnelles sur le sujet de l’évolution technologique et plus particulièrement sur le sujet de la blockchain et des cryptoactifs : si nous faisions un « flashback » en 1935, les premières lignes aériennes existent. Elles sont prestigieuses, ne transportent que peu de passagers et sont relativement chères : pouvait-on imaginer à l’époque le remplacement des paquebots par l’avion pour les voyages transatlantiques ? Sommes-nous à ce moment « aviation » avec la blockchain aujourd’hui, c’est-à-dire celui d’une industrie naissante qui va supplanter d’autres industries concurrentes ? Nous avons aussi des contre-exemples avec le Minitel en 1985, largement déployé mais qui sera dépassé par une autre technologie : sommes-nous à un moment « Minitel » ? Comment faire la différence entre les premiers pas d’une nouvelle technologie qui amène une transformation profonde et radicale, et les débuts d’une technologie qui restera au stade du prototype ? Si j’avais la réponse, je gèrerais un Hedge Fund et je serais probablement très riche !
Il faut aborder les enjeux de la blockchain avec l’esprit ouvert et une belle ambition car nous sommes peut-être à l’aube d’un changement radical pour le post-marché. Il faut néanmoins garder une certaine sobriété sur le sujet car, pour mémoire et pour garder l’analogie avec le transport aérien en 1935, il faudra attendre une trentaine d’années pour que l’avion supplante définitivement le paquebot. Pendant cette période, les deux modèles aviation/paquebot ont cohabité.
En préparant cette introduction, j’ai essayé de trouver les caractéristiques principales de la blockchain et des cryptoactifs.
La première des caractéristiques de cette technologie est qu’elle permet d’envisager une efficacité opérationnelle sans précédent dans le post-marché, avec l’intégration de l’exécution jusqu’au règlement-livraison, un règlement-livraison instantané, la disparition de nombreux intermédiaires, la fin des travaux de réconciliation qui sont un peu la clé de voûte de notre industrie. J’ouvre une parenthèse sur le fait que dénouer l’achat d’un cryptoactif suppose d’avoir les moyens de le payer : il y a instantanéité entre le paiement et la livraison effective du titre. Il faudra s’interroger sur les conséquences de cette instantanéité sur les pratiques de liquidité intra-day et de la consommation de crédit pendant l’activité de règlement-livraison. Le deuxième point concerne la disparition des tiers de confiance et des intermédiaires que sont le banquier, la Bourse, la chambre de compensation, les distributeurs de fonds, les agents de transfert, etc. Le rôle de tiers de confiance sera assuré par la technologie, avec de substantielles économies à la clé. En revanche, il faudra bien imaginer les impacts que ces disparitions entraîneront sur notre compréhension des flux, nos habitudes de travail, nos réflexes et notre façon d’appréhender le monde économique et de traiter le risque dans ce processus (il n’est pas possible de demander au tiers de confiance de continuer à assurer la sécurité si son rôle a disparu).
L’adoption de la blockchain reposera sur des « business case » basés sur les secteurs les plus manuels de notre industrie. Comment résoudre l’équation économique autour du déploiement à grande échelle de ces outils ? Gageons que la blockchain sera déployée en priorité dans les segments les moins automatisés, les plus risqués ou les plus coûteux à opérer du post-marché, pour lesquels un « business case » sera possible. Les segments les plus efficaces seront impactés dans un deuxième temps. Pour reprendre l’expression britannique : « If it is not broken, don’t fix it ».
Le point suivant tient à la cohabitation entre plusieurs modèles. Nous avons le poids de l’histoire et de nos pratiques, le poids de nos modèles opérationnels, de notre « legacy », de nos infrastructures techniques. Par « nous », je n’entends pas seulement les teneurs de compte conservateurs (TCC), mais aussi les sociétés de gestion, les investisseurs, les intermédiaires, les assureurs, les brokers, etc., c’est-à-dire l’ensemble de l’écosystème financier. Il n’est pas question d’être réfractaire au changement ou non. Tout cela coûte cher et l’équation économique prendra du temps à résoudre. Quelle que soit la vitesse de l’adoption de la blockchain par l’industrie, la phase de transition entre l’ancien et le nouveau modèle sera d’une certaine durée. Cette cohabitation ne sera pas indolore financièrement puisqu’elle supposera l’agrégation de nos filières. Elle ne sera pas non plus simple d’un point de vue juridique puisque les modèles répondent à des logiques de fonctionnement différentes et que les autres cadres juridiques seront par construction différents.
La technologie semble prête. Selon les spécialistes, passer de la « proof of work » à la « proof of stake » devrait résoudre le sujet de l’effroyable empreinte carbone de la blockchain. Alors, qu’est-ce qui nous manque pour que cela fonctionne, pour que les blockchains puissent se développer et devenir des filières post-marché à grande échelle en réalisant tout leur potentiel ? Pour que les cryptoactifs puissent devenir des investissements de « bon père de famille » ? L’enjeu me paraît non pas technique, mais davantage juridique. Le passage à l’échelle européenne des enjeux de la blockchain est-il à la hauteur des attentes de l’industrie des titres ? C’est ce que nous verrons aujourd’hui.
Après la présentation limpide du guide pédagogique de l’AFTI par Alain Rocher, une table ronde sera consacrée au règlement MICA (Market in Crypto Assets) et sera présidée par Eliane Mezrani entourée d’experts de l’industrie. Marianne Demarchi vous présentera un rapport sur la finance numérique au service de l’économie européenne, excellente synthèse des enjeux réglementaires et juridiques de ces nouveaux outils. Ensuite, Thibaut de Lajudie, associé chez Ailancy, animera une table ronde sur le recours à la blockchain pour améliorer l’efficacité opérationnelle. Pierre Chabrol de la direction générale du Trésor, nous fera l’honneur de conclure cette conférence.

Spécial Conférence 55 –  à télécharger

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